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Combien la pollution de l'air coûte-t-elle à notre santé ? 

Un consortium d’ONG européennes a publié le 10 octobre 2020 une étude réalisée par le cabinet CE Delft sur le coût de la pollution de l’air. Ce coût est estimé chaque année à près de 166 milliards d’euros à l’échelle des grandes villes européennes. 

 

Pollution et polluants
Coût économique des impacts sanitaires
par polluant

Les auteurs du rapport ont passé au crible 432 villes européennes, dont 67 en France, et ont associé à la pollution de l’air des coûts socio-économiques liés aux traitements médicaux des maladies chroniques, aux journées de travail perdues ou encore à la baisse de l’espérance de vie. Il s’agit des coûts économiques des impacts sanitaires liés aux polluants PM10, PM2.5, NO2 et 03. En revanche, des polluants comme les HaP, métaux lourds ou particules ultrafines ne sont pas pris en compte. 

 

 

L’étude montre que les particules (PM2.5/PM10) contribuent en moyenne à 82.5% des coûts totaux des dommages. 

 

Coût sanitaire pollution

 

Concernant l’évaluation des impacts sanitaires la description de la méthodologie dans le rapport mériterait sous certains aspects d’être précisée, notamment sur la question de la prise en compte simultanée de différents polluants. Ainsi les effets court/long terme souffrent d’une explication qui manque de précision sur l’agrégation de tous ces impacts. Par ailleurs, le rapport se base sur les Risques Relatifs (RR) publiés par l’OMS en 2013, or les évolutions dans ce domaine au cours des 7 dernières années ont été importantes, conduisant à une révision des RR. En utilisant des RR récents plus défavorables, certains impacts sanitaires (mortalité générale notamment) pourraient être doublés.  
 
Concernant l’évaluation économique, deux types de coûts sont pris en compte : 
- Les coûts directs : consommation de soins, arrêt maladie … 
- Les coûts indirects : coût d’un décès, coût d’une année de vie perdue, coût de la dégradation de la qualité de vie par une pathologie lourde (cancer, …). 
 
Les coûts indirects concernent des « biens » qui ne peuvent pas être achetés et n’ont donc pas de valeur monétaire définie par les marchés. Les études d’impacts économiques attribuent une valeur à ces « biens » sur la base de la méthode WTP (Willingness To Pay ou propension à payer). La méthode WTP évalue par exemple la valeur monétaire d’une année d’espérance de vie supplémentaire sur la base d’études sociologiques. Cela consiste à évaluer combien une personne est prête à payer pour avoir une année d’espérance de vie supplémentaire, ou vivre un an de plus sans une pathologie lourde …. C’est une méta-analyse de ces études WTP qui est utilisée, également influencé par le VSL (value of statistique life) fixé par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) à 2.5 millions d’euros. Ci-après un tableau qui présente les valeurs utilisées pour cette étude :  

 
Coût sanitaire pollution

 

Les principales critiques communément faites à cette méthode portent sur le fait que la majeure partie des coûts sont imputables à des coûts indirects. Une part importante des impacts économiques repose en effet sur une évaluation qualifiée de subjective par ses détracteurs. De plus, ces coûts ne sont pas des dépenses d’argent réel, mais bien de l’argent que l’on serait prêt à dépenser pour éviter un évènement sanitaire. Les calculs des impacts économiques auraient mérité d’être décrits avec plus de détail, avec notamment des calculs par ville et par type de coût (direct ou indirect) 
 
Les inégalités de richesses en Europe peuvent être très importantes si l’on compare une capitale de l’Europe de l’Ouest et une petite ville abritant une population à faible revenu. La propension à payer pour éviter l’apparition d’un événement de santé dépend du niveau de richesse de la population. L’étude adapte donc ces chiffres en fonction des revenus moyens des populations. Cela pose un dilemme éthique, car implique que la santé d’un individu n’a pas la même valeur en fonction de sa ville de résidence. Les auteurs soulèvent cette question dans le rapport, mais indiquent que le fait d’avoir une valeur fixe n’est pas non plus une solution idéale et pose d’autres problèmes.  
 
Globalement cette étude est intéressante car elle rappelle les ordres de grandeur des sommes en jeu (166 milliards d’euros par an). 
Il convient cependant de rappeler que l’évaluation des impacts sanitaires sous-estime les impacts réels de la pollution de l’air, car seule une partie des pathologies est prise en compte. 
Enfin, la robustesse de la méthodologie est relative, et peut faire l’objet de critiques, mais c’est aussi la seule méthodologie qui prend en compte les coûts qui ne peuvent pas être évalués par le marché. 

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