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Incendie près de Tchernobyl : quelle conséquence dans le Grand Est ?

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Image par Ylvers de Pixabay

Au début du mois d'avril, un incendie désormais maîtrisé, s'était déclaré dans la zone d'exclusion de Tchernobyl en Ukraine, contribuant dans cette région à une augmentation de la radioactivité dans l'air. Cet incendie a-t-il par conséquent augmenté aussi le niveau de radioactivité dans le Grand Est ?

I- COMMENT ATMO GRAND EST MESURE LA RADIOACTIVITé  

Qu'est-ce que la radioactivité ?

La matière est faite d’atomes. Certains de ces atomes ne sont pas stables et se désintègrent en dégageant des particules d’une grande énergie sous forme de rayonnements. C'est ce qu'on appelle le phénomène de radioactivité. Selon le type de particules émises, on parle de rayonnement α (alpha), β (béta) ou γ (gamma). Cette énergie dégagée est réemployée par l'homme pour produire de l’énergie ou autre, mais peut également s’avérer dangereuse. C’est pourquoi il est nécessaire d’évaluer ces rayonnements.


En moyenne en France, plus des deux tiers de l’exposition des populations sont d’origine naturelle (rayonnement cosmique, rayonnement tellurique, radon…), un quart de l’exposition est lié aux irradiations médicales (principalement rayons X) et moins de 1% est dû aux activités industrielles, aux essais nucléaires dans l’atmosphère réalisés dans les années 50 à 80 et aux suites de l'accident de Tchernobyl.  

Comment la mesure-t-on ?

Grâce à des stations fixes situées dans la région Grand Est, l’association de la surveillance de la qualité de l’air peut mesurer la radioactivité. ATMO Grand Est suit les niveaux de radioactivité artificielle dans l’air heure par heure. Qu'il s'agisse de mesures directes ou de prélèvements, le fonctionnement a lieu 24h/24 et 365j/an. 

 

Ces équipements de mesure sont implantés dans des endroits judicieux, selon des critères techniques et topologiques, station de proximité (proche d’un émetteur) ou station de fond (représentative d’une ambiance globale à plus grande échelle) :

 

● 8 sondes de mesure du rayonnement gamma ambiant disposées pour l’essentiel sur l’ex-Lorraine : Nancy, Bar-le-Duc, Stenay, Saint-Dié, Breistroff-la Grande (57, proximité centrale de Cattenom), Thionville, Mandres-en-Barrois (55, proximité site de Bure), et Bétheny (51, dernière station installée dans le cadre de l’harmonisation du dispositif Grand Est , Action 10 du PRSQA) 

‎● 4 sondes de mesure du rayonnement gamma ambiant sur l’ex-Alsace : Schiltigheim, Munchhausen (Nord Est Alsace), Mulhouse, Donon.

‎● 4 sondes de mesure du rayonnement bêta artificiel et de mesure de l’iode radioactif, en ex-Alsace (mêmes sites que ci-dessus). 

stations de mesure

 ‎Pour mesurer le rayonnement gamma ambiant, ATMO Grand Est utilise des compteurs Geiger- Müller
Il s'agit d'un tube scellé qui contient un gaz excité par les rayons ionisants qui le traversent. Il en résulte l’émission d’électrons et la formation d’un courant électrique. Les radiamètres mis en œuvre pour le réseau de mesures d'ATMO Grand Est ne nécessitent pas de prélèvement, l'analyse est faite de façon directe in situ. 
Les données ainsi générées sont stockées au niveau de l'analyseur, avant d'être transférées au poste central et validées quotidiennement puis archivées et diffusées.

 

radiamètre
Radiamètre

II- LES DONNéES MESURéES SUITE A L’INCENDIE EN UKRAINE en region grand est 

Aucune élévation significative des concentrations n’a été enregistrée depuis le début du mois d’avril à la suite de l'incendie en Ukraine par ATMO Grand Est dans la Région.

De manière générale l’ensemble des radiamètres gérés par Atmo Grand Est ne met en évidence aucune augmentation du rayonnement gamma ambiant. Aucune différence n’est observable entre les sondes situées le plus à l’Est et celles situées à l’Ouest de notre région.
Les 4 balises situées en Alsace et donnant accès à la mesure du rayonnement bêta artificiel ne mettent également en évidence aucune augmentation.

Toutes les données sont disponibles en ligne :

Sur le site internet d’ATMO Grand Est.

 

 La limite d’exposition à la radioactivité d’une personne du public, du fait des activités nucléaires, est de 1mSv/an (milli Sievert). L’exposition des personnes résulte de la somme des contributions liées aux différentes expositions (notamment gamma ambiant, bêta artificiel, iode). A titre d’exemple, l’un des cas de figure ci-dessous conduirait, s’il était enregistré en continu pendant un an, à atteindre la limite d’exposition de 1mSv/an.

 

- Le niveau de rayonnement gamma ambiant augmente de 0,114 µSv/an, soit à peu près le double du niveau moyen sur le Grand Est, ce qui n’est pas le cas actuellement. 
- Le niveau de rayonnement bêta artificiel (considéré comme étant du Césium 137) monte à 10,8 Bq/m3. Actuellement aucune activité bêta artificielle n'a été observée sur le Grand Est par ATMO Grand Est.
 

Les mesures les plus élevées à Kiev, rapportées par l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire), pour l’épisode en cours, mettent en évidence des niveaux de Césium 137 qui sont de l’ordre, au plus, du milli Becquerel. On est donc très loin en Ukraine, au plus près de l’incendie, des 10,8 Bq/m3 évoqués ci-dessus (environ 10 000 fois moins). 

III- COMPLéMENT D’INFORMATION SUR L’ETAT DES INCENDIES EN UKRAINE  

L'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) a mis en ligne une vidéo de modélisation montrant la dispersion du panache.

Egalement, l'Institut publie régulièrement une note concernant le point de situation relatif aux incendies en Ukraine dans la zone d’exclusion autour de la centrale de Tchernobyl (dernière mise à jour le 17 avril) : https://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Actualites/Documents/IRSN_NI-Tchernobyl-Incendie-Zone-d-Exclusion-Ukraine_17042020.pdf.  


Dans cette dernière version, l’impact dosimétrique est évoqué : « L’évolution actuelle de ces incendies ne modifie pas, en ordre de grandeur, les évaluations dosimétriques faites par l’IRSN dans sa note du 15 avril 2020. Elles restent, suivant les scénarios étudiés, faibles à extrêmement faibles que ce soit à proximité des foyers d’incendie ou à Kiev. De même, l’estimation de l’impact résultant de l’inhalation de la radioactivité transportée par les masses d’air arrivant en France reste inchangée et sans conséquences sanitaires. » 

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