Après plusieurs mois d’expérimentation dans huit territoires du Grand Est, ATMO Grand Est et l’Observatoire Régional de la Santé Grand Est dévoilent les enseignements de Comp’Air. Soutenu financièrement par l’Agence Régionale de Santé Grand Est dans le cadre du PRSE4, par la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement Grand Est ainsi que des 8 territoires, ce dispositif a permis à des citoyens d’expérimenter des microcapteurs de particules fines lors de leurs déplacements afin de mieux comprendre la qualité de l’air, leur exposition et les leviers permettant de faire évoluer les pratiques de mobilité.
Pendant trois semaines, les participants de chaque territoire, ont été invités à emporter un microcapteur dans leurs déplacements quotidiens et à tester différentes situations : modes de transport, itinéraires ou horaires.
L’objectif de Comp’Air n’était pas de réaliser une campagne de mesure réglementaire de la qualité de l’air, mais de proposer une expérience concrète de sensibilisation : observer son environnement, confronter ses représentations aux mesures et s’interroger sur ses propres pratiques de déplacement.
L’Observatoire Régional de la Santé Grand Est a accompagné cette démarche afin d’évaluer ses effets sur les connaissances, les perceptions et les comportements des participants.
Une expérimentation citoyenne dans huit territoires
Avec le soutien financier de l’Agence Régionale de Santé Grand Est, ATMO Grand Est a déployé l’expérimentation Comp’Air auprès de citoyens volontaires issus de huit territoires urbains, périurbains et ruraux :
- Eurométropole de Strasbourg ;
- Euro-Métropole de Metz ;
- Métropole du Grand Nancy ;
- Troyes Champagne Métropole ;
- Communauté urbaine du Grand Reims ;
- Communauté de Communes des Crêtes Préardennaises ;
- Communauté de Communes des Pays du Sel et du Vermois ;
- Communauté de Communes de Cattenom et Environs.
Pendant trois semaines, les participants ont utilisé un microcapteur associé à une application lors de leurs déplacements quotidiens. Ils étaient notamment invités à comparer différents itinéraires, horaires ou modes de transport.
L’Observatoire Régional de la Santé Grand Est a ensuite analysé l’impact de cette expérimentation sur leurs connaissances, leurs perceptions et leurs pratiques.
Des résultats qui interrogent les idées reçues
L’un des premiers enseignements de Comp’Air est sa capacité à susciter la curiosité et à rendre la qualité de l’air plus concrète.
66 % des répondants déclarent avoir observé des résultats différents de ce qu’ils imaginaient, tandis que 46 % estiment que les mesures ont modifié leur perception de leur environnement.
Certaines observations ont notamment bousculé les représentations des participants sur la différence entre ville et campagne ou sur leur exposition selon les modes de déplacement.
Ces résultats doivent néanmoins être interprétés avec précaution. Les microcapteurs utilisés dans le cadre de Comp’Air mesurent certaines particules fines, mais pas l’ensemble des polluants présents dans l’air. Une absence de pic mesuré à proximité d’un axe routier ne signifie donc pas une absence de pollution.
Comp’Air est avant tout un outil de sensibilisation et d’observation, et non un dispositif de mesure réglementaire.
Changer de mobilité : la connaissance ne suffit pas
L’étude s’est particulièrement intéressée à une question : mieux connaître la qualité de l’air dans son environnement immédiat permet-il de modifier ses pratiques de mobilité ?
Les résultats montrent que la réponse est plus complexe qu’un simple changement individuel.
À l’issue de l’expérimentation, 81 % des répondants déclarent ne pas envisager de modifier leurs pratiques de mobilité. Ce chiffre ne traduit pas nécessairement un manque de sensibilisation.
Certains participants utilisaient déjà régulièrement le vélo, la marche ou les transports collectifs. Pour d’autres, les possibilités de changement sont contraintes par la réalité quotidienne : distance domicile-travail, horaires, organisation familiale, temps de trajet, météo, disponibilité des transports en commun ou encore continuité et sécurité des aménagements cyclables.
Pendant Comp’Air, seuls 30 % des répondants ont testé des modes de transport différents de leurs habitudes et 34 % ont modifié leurs horaires de déplacement. Modifier son itinéraire semble plus accessible : 53 % ont expérimenté des trajets différents.
Changer les mobilités : un chemin collectif
L’un des enseignements majeurs de l’étude est ainsi que le changement de pratiques ne peut pas reposer uniquement sur une injonction individuelle.
La connaissance peut favoriser la prise de conscience, mais les transformations durables nécessitent du temps, un accompagnement et des solutions adaptées.
Plusieurs étapes peuvent favoriser cette évolution : donner du sens au changement, rendre visibles ses bénéfices pour la santé, le cadre de vie ou le budget, valoriser les progrès intermédiaires, faciliter concrètement l'accès aux mobilités durables et créer des espaces de dialogue entre habitants, collectivités et experts.
Les collectivités jouent donc un rôle essentiel pour permettre aux citoyens d’agir : développement des transports en commun, sécurisation des itinéraires cyclables, amélioration des cheminements piétons, information sur les alternatives disponibles ou encore intégration de la qualité de l’air dans les politiques de mobilité.
Deux pistes pour prolonger les enseignements de Comp’Air
L’étude ouvre aujourd’hui deux perspectives de travail pour ATMO Grand Est.
La première consiste à mieux accompagner les collectivités dans l’évolution des pratiques de mobilité, en les aidant à identifier les freins rencontrés par leurs habitants et les leviers les plus adaptés à leur territoire.
La seconde porte sur la création potentielle d’une captothèque régionale de microcapteurs. L’intérêt exprimé par les participants pour renouveler l’expérience confirme l’attrait de ces dispositifs citoyens. Construite avec des territoires volontaires, cette démarche permettrait aux habitants d’emprunter ponctuellement un microcapteur, tout en bénéficiant de l’accompagnement nécessaire pour comprendre les résultats et les limites de l’outil.
Air to Go : la qualité de l’air au service des mobilités du quotidien
En parallèle de ces travaux, ATMO Grand Est accompagne toute l’année les mobilités grâce à Air to Go, son application qui fête ses deux ans.
Déjà utilisée par 15 000 personnes, Air to Go permet de consulter la qualité de l’air autour de soi et sur ses trajets, de recevoir des notifications en cas d’épisode de pollution ou d’alerte pollens et de mieux prendre en compte la qualité de l’air dans ses déplacements quotidiens.
Accessible en continu, l’application offre ainsi à chacun des informations pratiques pour intégrer la qualité de l’air dans ses choix de mobilité.
Les chiffres à retenir
66 % des répondants ont obtenu des résultats différents de ce qu’ils imaginaient.
46 % estiment que leur perception de leur environnement a évolué.
53 % ont testé de nouveaux itinéraires.
81 % n’envisagent pas de modifier leurs pratiques de mobilité à l’issue de l’expérimentation.
91 % avaient déjà parlé de Comp’Air à leur entourage.
95 % souhaitent continuer à en parler.
À retenir : mieux connaître la qualité de l’air peut favoriser la prise de conscience. Pour transformer cette sensibilisation en changement durable des mobilités, l’action individuelle doit pouvoir s’appuyer sur des solutions et des politiques territoriales adaptées.